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Notre syndicat, le Syndicat des enseignantes et enseignants du Cégep de Rimouski (SEECR), vient de fêter ses 40 ans. Il a l'âge des cégeps et son histoire est liée à celle du réseau collégial comme les deux faces d'une même pièce de monnaie. C'était en 1967, nous étions en pleine Révolution tranquille, c'étaient les années 60, c'était l'année de l'Expo... Le Rapport Parent venait de sortir et n'allait pas rester sur les tablettes : au printemps 1967, une loi crée les cégeps qui devaient ouvrir... quatre mois plus tard ! Au nombre d'une vingtaine, ces premiers cégeps, dont le nôtre, furent issus des séminaires ou des instituts technologiques. Ce changement de statut amena les profs à revoir ceux de leurs syndicats : c'est ainsi que le SEECR, qui s'appelait à l'époque le Syndicat des professeurs du Cégep de Rimouski (SPCR), vint au monde dans un bureau de la CSN en mai 1967. Le Cégep ouvrit donc ses portes en septembre 1967 avec moins d'une centaine de profs provenant du Séminaire ou de l'Institut technologique... En ce qui concerne les conditions de travail, tout était à faire. Comme nous étions jeunes et dynamiques, les premières années furent mouvementées. La première négociation provinciale, avec Marcel Masse comme ministre responsable, se termina même par l'emprisonnement de notre président de l'époque. Puis ce furent les années troubles : Crise d'octobre de 1970, premier Front commun de 1972 qui se solda par un décret, conflit de 1973 sur la classification... La « convention » n'était pas plus grosse qu'un paquet de cigarettes et ne valait guère plus (à l'époque le paquet de 20 coûtait 35 cents...) Il n'y avait aucune sécurité d'emploi, mais l'effectif étudiant était en croissance rapide, et aucun mécanisme pour la tâche, sinon le bon vouloir du ministre ou du directeur général (ici les règles « Dionne »). C'était « au plus fort la poche » et les assemblées syndicales étaient très courues, surtout celles où se proposait la répartition des ressources entre les disciplines... Elles étaient aussi très polarisées, le code de procédure était la « Bible », nous étions de plus en plus jeunes : de moins de cent en 1967, nous étions plus de trois cents en 1976. En 1976, ce fut notre grande année. Le (premier) régime Bourassa achevait et nous en profitâmes pour gagner notre seule bonne, vraie, convention. Nous obtînmes une sécurité d'emploi « blindée », une clause d'indexation et même d'enrichissement. Mais nous obtînmes surtout les formules de la tâche : désormais la répartition des ressources entre les disciplines se fit sur la base de la formule mathématique utilisée par le ministère et ce fut la fin de l'arbitraire et des rivalités entre départements ou secteurs... Ces gains ne furent pas obtenus sans peine; cela nécessita des défis à la loi qui provoquèrent des assemblées syndicales homériques puis une migration vers les postes de direction. Sans le savoir, nous avions mangé notre pain blanc. Après, il nous fallut défendre le statu quo. Ce ne fut guère facile, surtout quand le parti au pouvoir avait « un préjugé favorable aux travailleuses et travailleurs ». Et ce fut la débâcle de 1983. Nous perdîmes notre sécurité d'emploi : le gouvernement Lévesque inventa les MEDs (les enseignantes et enseignants Mis En Disponibilité). Notre tâche fut augmentée de 20 % tandis que nos salaires furent également coupés de 20 %. Plus grave : le gouvernement nous colla une étiquette de « gras dur », de « paresseux », qui a pour longtemps dévalorisé l'éducation au Québec. Pourtant, localement, nous avons fait ce que nous avons pu, et les profs de Rimouski ont été parmi les plus décidés du réseau pendant la grève de l'hiver 1983 et lors du défi à la loi 111 (Loi assurant la reprise des services dans les collèges et les écoles du secteur public)... La CSN, qui cachait mal sa sympathie pour le gouvernement qui avait « un préjugé favorable aux travailleuses et travailleurs », ne nous aida guère et ce fut le début de la contestation, où notre syndicat joua un rôle majeur. Incapables de réformer la CSN, de rendre le pouvoir à la base, de recentrer le syndicat sur notre travail de profs, nous avons contribué à la mise sur pied de la Fédération autonome du collégial (FAC) qui fut fondée en juin 1988 à Rimouski. Localement, après 1983, les choses ne furent plus les mêmes : les comités exécutifs successifs conservèrent le consensus de 1983, les assemblées devinrent beaucoup moins animées et beaucoup moins courues... Hausse de tâche, baisse d'effectif étudiant et précarité firent des jeunes une espèce en voie de disparition et des trois cents que nous avions été à peine plus deux cents restèrent... Dans les années 80, les relations avec la Direction passèrent par des hauts et des bas, selon les politiques, ou les absences de politique, suivies par les personnes en place. La chronique de La Riposte, « Le coiffeur et la coiffeuse », prouva que « l'arme de la critique était plus redoutable que la critique des armes ». Un Directeur général (DG) démissionna tandis qu'un Directeur des Services pédagogiques (DSP) ne demanda pas de renouvellement de mandat... Les années 90 ne furent guère plus reluisantes, ce furent des années de coupures, voire de saccage. Le réseau collégial paya le prix fort pour le déficit zéro, même si Lucien Bouchard avait proclamé que la santé et l'éducation étaient sa priorité. Ce furent les années de hausse de tâche, de taxes déguisées (taxe à l'échec, frais afférents, etc.), de coupures de services, voire de la disparition de services au complet comme le Service de la recherche. Tout cela dans une atmosphère de grisaille et de résignation. Mais en même temps les ministres qui se succédaient, Lucienne Robillard, Jean Garon, et Pauline Marois, imposèrent chacun leur réforme. En dépit des grands discours tenus dans des forums, commissions parlementaires ou états généraux, la réalité de ces réformes c'était toujours de faire plus avec moins, et c'était l'existence même du réseau collégial qui était remise en cause. Pourtant, les besoins en éducation, poussés par la rapidité des changements sociaux et technologiques, n'ont jamais été aussi grands et ont dû être assumés par les enseignantes et les enseignants. Durant les années 90, les NTIC (nouvelles technologies de l'information et des communications) ont envahi l'ensemble des disciplines et il a fallu les intégrer avec des moyens réduits. Les différentes réformes se sont cristallisées, au tournant du nouveau siècle, autour d'une vision utilitariste axée sur la formation, plutôt qu'une vision humaniste fondée sur l'éducation. Après la révision des programmes par compétence, la mise en place des Tables interordres régionales, dont le mandat est d'harmoniser l'offre de programme aux besoins du marché de l'emploi et d'établir des passerelles entre les différents ordres d'enseignement pour maximiser l'efficience et l'efficacité du « dispositif de formation professionnelle et technique ». Ce que la population avait rejeté dans le projet de démantèlement du réseau des cégeps proposé par le ministre Reid, le gouvernement libéral le met en œuvre en catimini. Le SEECR et la FAC, conscients de cette déstructuration effectuée sans tambour ni trompette, mais avec force langue de bois, tentent d'en réduire les impacts en la balisant et en ralentissant la perte des acquis qui ont survécu à deux décennies de reculs syndicaux. Lors de la plus récente négociation, nous avions mis la diminution de la tâche au cœur de nos revendications. Nous nous sommes associés en Cartel de négo avec la FEC-CSQ afin d'accroître nos forces. Mais, comme l'ensemble des syndiquées et syndiqués du secteur public, nous nous sommes heurtés à l'intransigeance du gouvernement Charest qui a imposé un règlement en adoptant une loi spéciale, alors qu'aucune perturbation de l'ordre social ne le justifiait. À la suite de ce revers cuisant, le syndicalisme a été ébranlé et la FAC en subit encore les contrecoups à travers les remises en questions d'affiliation de certains de ses syndicats membres. Ailleurs, la situation n'est guère plus reluisante et la mobilisation des assemblées générales est au plus bas, à la veille d'une nouvelle négociation. Les années 2000 sont celles des retraites massives, et, en conséquence, de l'arrivée de très nombreux nouveaux profs. Cette réalité constitue un défi majeur pour le syndicalisme collégial. Comment réinventerons-nous le syndicalisme à l'aube du XXIe siècle ? Comment en referons-nous un outil de transformation sociale autant que de défense de nos conditions de travail ? Saurons-nous y mettre l'énergie et l'engagement nécessaires à sa résurgence comme acteur social incontournable ? Saurons-nous nous mobiliser pour contrer les forces qui tentent de monopoliser à leur seul usage la richesse collective ? Ce sont nos actions qui serviront de réponse… Notre profession est essentielle, elle est passionnante, elle mérite que l'on se batte pour elle.
Comité d’information du SEECR /1998 et 2008 Haut de la page |
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