L’ARCinfo

Le bulletin d’information de l’Association des retraitées et retraités

du Cégep de Rimouski

 

Février 2006, Vol. 11 No 1                                           www.cegep-rimouski.qc.ca/arrc


Note « éditoriale »

 

Tout d’abord, nous vous souhaitons une très bonne et très belle année 2006. Et un petit bonheur à chaque jour ! Et bien sûr, la santé !

 

Une première dans le prochain numéro : le coin des poètes. C’est une suggestion intéressante de Guy Rancourt qui nous écrivait : « Je me propose pour l’animation de cette chronique. Plusieurs d’entre nous sommes d’anciennes et d’anciens professeurs de littérature… J’ouvre cette chronique à toutes et à tous… Pour cette première, j’offrirai une réécriture d’un poème célèbre de Nelligan… J’ai tenté de corriger à ma façon le célèbre poème trop triste, en lui donnant plus d’allant et de mordant ».

 

Et puis, notre thème cette fois-ci, c’est l’implication. Merci à Pierre Parent et à Ginette Lebel. Et merci également à Irène Durand qui a accepté de nous parler de son séjour à Rimouski.

 

Deux pages de photos nous rappellent notre activité du temps des fêtes. Magnifique montage réalisé par Jacques Gagné. Toujours aussi professionnel. Merci.

 

Et c’est sans parler du fort beau texte racontant Béatrice. Nul doute que vous ferez de belles découvertes. Que pensez-vous des photos ?

 

Bonne lecture !

Robert et Raymond

 

 

Une retraitée se raconte

Une fleur de montagne. – La Vallée-de-la‑Matapédia est constituée de vallées et de montagnes. Plus particulièrement, la ville d’Amqui cultive depuis plus de cent ans une multitude de fleurs aux coloris et aux parfums variés. Et Amqui est entourée de montagnes. Il s’en trouve pour dire que la montagne est le lieu privilégié de la rencontre de Dieu. Ainsi, quelques fleurs d’Amqui sont des fleurs de montagnes parce qu’elles ont été l’objet d’une rencontre particulière avec ce même Dieu.

C’est du moins ce que nous révèlent les notes biographiques colligées par Sœur Rita d’Astous et publiées en 1989 par les Sœurs de Notre-Dame du Saint-Rosaire sous le titre « Des Belles Amquiennes ».

 

Béatrice Gaudreau est née à Amqui d’une famille de douze enfants. Ça prenait une journée complète pour faire le lavage, disait sa mère. Son père Émile, homme intelligent, honnête, et volontaire, exerçait le métier de limeur de scies et cultivait sa terre. Sans qu’il ne dise un mot, les enfants savaient ce qu’il voulait. Sa mère, Marie-Ange Charest, femme très sensible, patiente et inventive, possédait des qualités artistiques remarquables.

 

J   « C’est aux attitudes et aux comportements de mon père que je dois ma philosophie de la vie et la couleur de ma vision chrétienne. Je lui suis redevable pour une bonne part de ma compréhension de l’Eucharistie – de la messe comme on disait alors – comme étant une action de grâces et une véritable célébration. Quant à ma mère, c’est sa pédagogie qui m’a davantage marquée. C’est en grande partie à la confiance qu’elle me faisait, que je dois l’image positive que je crois avoir de moi-même et qui m’a permis d’accueillir l’appel divin. »

J   « D’autres personnes ont contribué à implanter des valeurs évangéliques dans mon jeune cœur. D’abord les deux voisins, la famille Vaillancourt et la famille Lévesque; nous allions chercher chez eux et ils venaient chercher chez nous tout ce que l’on trouve maintenant chez le dépanneur. Nous avons appris à partager fraternellement. Puis mademoiselle Simone Barr, l’institutrice qui m’a dispensé l’enseignement pendant cinq ans. Son désintéressement, son zèle et son dynamisme m’ont fait découvrir dans la tâche d’enseignante beaucoup plus qu’un travail intéressant : le lieu d’une mission évangélique qui pouvait motiver toute une vie. »

 

Cependant, l’événement le plus important, le plus marquant et celui autour duquel s’est greffé toute une série de faits significatifs pour la vocation de Béatrice est certainement l’accident, la maladie et la mort de sa mère. Avant de mourir, la mère de Béatrice lui a confié précisément le soin de s’occuper des deux dernières. Elle devait, par le fait même, renoncer à poursuivre ses études. Âgée de treize ans, elle venait de terminer sa septième année.

J     « Le vide fut grand même si mon nouveau genre de travail occupait toutes mes journées. Il a provoqué des réflexions de toutes sortes sur le temps, le sens de la vie et de la mort, mais je ne peux pas dire qu’il m’ait abattue autant qu’on aurait pu l’imaginer. »

 

Par un hasard comme il en arrive souvent dans la vie, une dame venue chez elle pour le recensement scolaire la trouva bien jeune pour rester à la maison. Elle lui suggéra de poursuivre ses études dans le sens des goûts et des préoccupations de l’heure de Béatrice à savoir l’École ménagère. Après plusieurs réunions « du conseil de famille », Béatrice entra à l’École ménagère en septembre 1945, à peine âgée de quatorze ans.

J     « Mes années de pensionnat furent l’élément déclencheur d’un discernement en vue du choix d’un état de vie. L’exemple des religieuses, la connaissance plus approfondie de leur style de vie et la correspondance du charisme de la Congrégation des Sœurs de Notre-Dame du Saint-Rosaire avec mes aspirations, mes aptitudes et mes goûts personnels m’ont incitée à demander mon entrée au noviciat de cette congrégation. En janvier 1947, je franchissais les portes de la grosse maison de l’Ave Maria. Non, à quinze ans et demi, je ne me sentais pas trop jeune. »

 

À dix-huit ans, après de brillantes études tant profanes que spirituelles, Béatrice obtient le Brevet complémentaire de l’École Normale.

J     « Regarde, Robert, de quoi j’avais l’air lors de ma première obédience, quand je fus affectée à Desbiens au Lac St-Jean à faire la classe aux élèves de sixième année. » Et Béatrice de me montrer une photo d’elle « posée en sœur » (celle que l’on voit au début de ce texte). Que de beauté irradiante chez cette femme, pensais-je intérieurement. Comme si elle lisait au fond de ma pensée, Béatrice, que les membres de sa famille surnommaient gentiment Bibi ou Tibi, me dit tout à son aise, en m’offrant un large sourire: « tu trouves que c’est du gaspillage, pas vrai Robert ? Mon beau-frère m’a dit la même chose, un jour. » On le sait, Béatrice possède cette capacité de démystifier le sacré sans pour autant le banaliser ni lui manquer de respect.

 

Ses affectations suivantes, toujours en enseignement à l’élémentaire, l’amènent à Beaupré, à Cabano, à Val-Brillant, à Causapscal, à Mont-Joli, pour n’en nommer que quelques-unes. On la fait revenir ensuite à Rimouski afin qu’elle reprenne ses études en vue d’enseigner à l’Institut familial. Après avoir obtenu un Brevet supérieur d’enseignement ménager, elle fait une spécialisation en art culinaire. En 1965, l’université de Montréal lui décerne un baccalauréat en Pédagogie familiale avec la médaille du Lieutenant-gouverneur. Cependant, dans la mouvance du Rapport Parent, il fallait du personnel perfectionné pour que les instituts familiaux se maintiennent à la hauteur de leur réputation d’enseignement de grande qualité. C’est le programme de l’Université Cornell, à Ithaca, aux Etats-Unis qui répond le mieux aux objectifs poursuivis par les autorités. Béatrice s’y inscrit pour obtenir en un an et demi un « Master of Sciences » comprenant une majeure en « Human ecology » et une mineure en « Housing and Design » (décoration intérieure). Elle choisit comme sujet de thèse : « Une Programmation pédagogique sur l’histoire du meuble québécois ». Pour les moins familiers, une programmation pédagogique se fait par le morcellement d’une matière de façon à ce que l’élève découvre dans un énoncé, les éléments nécessaires pour compléter l’énoncé suivant. L’objectif psychologique que poursuivait la thèse était de mesurer l’influence de la culture sur la compréhension de l’histoire tout en utilisant une nouvelle méthode d’enseignement. Il fallait donc faire l’expérimentation dans une classe du Québec et dans une classe des Etats-Unis. Ce qui fut fait.

 

C’est pendant sa préparation à l’entrée à l’université, alors que Béatrice suivait un cours intensif d’anglais, à Washington D.C., qu’elle eut l’occasion de se rendre à New-York, pour voir le Pape Paul VI lors de sa visite à l’ONU. C’est du balcon d’un hôpital pour enfants (site privilégié résultant de contacts particuliers – Ah ! les religieuses !) que le Pape passa devant elle.

 

On est en juin 1967, la thèse est terminée. Pour Béatrice, c’est le retour au Québec … pour apprendre que ce sont les cégeps qui, dorénavant, prendront la relève des instituts familiaux comme des autres écoles de même niveau.

J     « C’est ainsi que j’ai dispensé des cours de psycho, principalement en développement de la personne, au Cégep de Rimouski de septembre 1967 à juin 1994. J’ai eu la chance de participer à la Commission pédagogique, au Comité de perfectionnement et de rédiger quelques articles sur le métier d’enseignant. Pour moi, l’enseignement, ce n’était pas un « job », mais une profession et une vocation. »

 

En fin de carrière au Cégep, Béatrice se confronte à l’enseignement par compétences. On se souvient peut-être que, lors d’une journée pédagogique, elle réagit avec une force qu’elle ne déployait pas souvent en public à ceux qui parlaient « d’enseigner des compétences » : « La compétence, ça ne s’enseigne pas. La compétence, ça se construit dans l’individu avec l’apport de son expérience, de sa personnalité, des connaissances déjà acquises et des matières qu’on lui enseigne. La compétence, c’est un objectif à poursuivre, pas une matière à enseigner. »

 

À l’occasion de sa retraite, ses collègues profs au Cégep l’ont décrite comme une personne joyeuse (qui n’a pas entendu ses éclats de rire ?), rigoureuse, créatrice, respectueuse indéfectible de l’autre. « Béa, conclurent les collègues, on te souhaite la béatification pour avoir autant aimé enseigner. »

 

Au début des années ’80, bien consciente du problème de relève que connaîtrait bientôt sa communauté religieuse, Béatrice collabore à la mise sur pied d’un Centre d’éducation chrétienne dont l’objectif est de former des personnes multiplicatrices, non religieuses, pour assurer la poursuite de la mission d’éducation chrétienne. Entre 1979 et 1982, Béatrice trouve le tour de faire une maîtrise en éthique à l’UQAR. Après sa retraite du Cégep, elle donne des cours en psycho-pédagogie aux élèves du Conservatoire de musique de Rimouski pendant trois ans. En 1985, après un mandat de six ans comme conseillère générale, elle est nommée Supérieure Générale pour un autre terme de six ans (c’est comme un job de dégé de cégep, ça). Pendant cette période, Béatrice dut prendre congé de son cher Cégep.

J     « Durant ce mandat, la décision la plus difficile fut celle de vendre la ferme et le troupeau laitier, déficitaires depuis un certain nombre d’années. Je me demandais si je n’étais pas en train de tout défaire ce que mes habiles devancières avaient mis tant de temps et d’efforts à bâtir. Mais, ce qui était rassurant, c’est que les raisons qui motivaient la vente étaient les mêmes que celles qui avaient commandé l’achat. »

 

Présentement, Béatrice a la responsabilité de coordonner, pour les 240 religieuses de la maison mère, les activités de gestion du personnel et d’animation tant spirituelle que communautaire. Cette fonction ne s’apparenterait-elle pas à celle d’une Mère Supérieure ?

 

J     « La vie communautaire, c’est comblant, mais ce n’est pas toujours facile. Vivre en groupe comporte beaucoup d’avantages, mais fournit aussi son lot de difficultés. Par exemple, c’est difficile de vivre la pauvreté quand on vit dans une communauté où il y a tant de talents et tant de richesse humaine. C’est riche une communauté! »

 

Réponses au jeu des questions embêtantes

 

Ø    J’aime beaucoup de choses, mais pour faire carrière, je ne me voyais pas ailleurs qu’en éducation. L’enseignement, tel que je le conçois, me construit, me fournit de quoi exploiter mon potentiel et me permet d’être utile à la société. La vie religieuse me comble toujours. Bien sûr, j’aurais aimé avoir des enfants à moi! Mais, choisir, c’est sacrifier!

Ø    Faire du ménage à cœur de jour n’est pas mon fort.

Ø    Mot préféré ? Émerveillement.

Ø    Une situation détestée ? Entendre dire : « Y a rien à faire ».

Ø    Mets préférés ? D’abord, j’adore cuisiner. J’aime bien les poissons, les truites que je pêche moi-même, les crustacés et un bon steak à l’occasion.

Ø    Qualité dominante ? L’enthousiasme.

Ø    Ce qui te tient le plus à cœur ? Que la communauté dont je suis membre accomplisse ce pourquoi elle existe.

Ø    Ce que tu détestes le plus ? Le manque de franchise et de transparence.

Ø    Phrase que tu aimerais dire quinze minutes avant ta mort ? J’aime tout le monde; la vie est belle pour qui sait y découvrir un sens et en profiter.

Ø    Phrase que tu souhaites entendre à l’arrivée au Paradis ? Il y a longtemps que je t’attendais !

 

Merci Béatrice pour cet accueil sympathique et chaleureux dans ta grande maison empreinte de calme et de paix.

 

 « Je mets un bouquet sur la table. Je voudrais que le tableau, une fois terminé, un jardinier puisse y reconnaître toutes les variétés de fleurs. Mais je ne sais pas ce qui se passe en route, ça devient une jeune fille qui danse. »

Henri Matisse

 

(Photo prise par Joseph-Marie Levasseur aux Jardins Reford, Mitis)

 

Propos recueillis et rédigés par Robert Libersan en collaboration avec Béatrice Gaudreau.

 

 

 

Chronique du rire

Par Charles Brochu

 

Durant une visite dans un institut psychiatrique, un visiteur demande au directeur sur quel critère on se base pour déterminer si un patient doit être interné.

 

Et bien, nous emplissons une baignoire d'eau, puis nous offrons une cuillère, une tasse ou un seau au patient en lui demandant de vider la baignoire.

 

Ah, je comprends fit le visiteur, « une personne normale choisira évidemment le seau parce qu'il est plus gros que la cuillère ou la tasse ! ».

 

Non, répondit le directeur. « Une personne normale retirerait le bouchon du bain; désirez-vous une chambre avec vue? »

 

 

Des implications

Mon implication au Cercle des Fermières

Ginette Lebel

 

Quelle surprise m’a faite Raymond en me demandant de participer à ce numéro sur l’engagement. Je ne me considérais pas du tout comme une personne engagée, voyant plutôt mon implication dans le Cercle des Fermières comme un plaisir. Selon moi, la personne la plus engagée dans le Cercle des Fermières est Micheline Côté ; même Jacques, son chum, s’implique pour monter et réparer les métiers, construire des bancs, ou aider au déménagement. Mais comme Raymond a rétorqué à ces arguments : « c’est à toi qu’on le demande », je vais donc laisser de côté mon « syndrome de l’imposteur » pour vous parler de mon implication dans le Cercle des Fermières.

 

Toutefois je voudrais d’abord vous expliquer mes réticences à parler d’engagement de ma part. J’en suis à une étape de ma vie où je donne priorité à mes besoins et mes goûts. Cela fait suite à tout un cheminement de ma part. Faisant partie de la première génération de femmes au travail, j’ai eu beaucoup de difficulté à composer avec un emploi à plein temps au Cégep et trois enfants à la maison. Je faisais mon gros possible partout, mais malgré cela j’avais un fort sentiment de culpabilité envers mes enfants que je confiais à une gardienne, doublé d’un sentiment d’insatisfaction à mon égard, car je n’arrivais pas à combler toutes ces tâches de façon parfaite.

 

Il ne faudrait pas croire que je n’ai pas eu de plaisir à m’occuper de mes enfants ou à enseigner au cégep, mais je crois que j’aurais dû davantage établir mes priorités et ne pas m’en faire même si, par exemple, je ne suis pas une bonne cuisinière. Ce désir de tout accomplir à la perfection m’a fait oublier mes besoins au point de ne plus savoir ce que moi j’avais envie de faire. J’attribue d’ailleurs, à tort ou à raison, mes ennuis de santé à cet oubli de mes besoins personnels. Mon congé de maladie et ma retraite m’ont permis de me recentrer sur moi, de redécouvrir mes goûts et besoins, d’accepter mes limites et de mettre en valeur mes forces.

 

Pour vous donner une idée de mon état d’esprit actuel, je vous raconte une anecdote. À la réunion de novembre du Cercle des Fermières à laquelle j’étais absente, une personne avait écrit au tableau, cette pensée : S’oublier pour les autres . J’ai appris avec joie le lendemain qu’une autre membre avait insisté pour qu’on efface ce message parce que, disait-elle, nous n’étions plus à l’âge de s’oublier. J’aurais aimé être là pour l’appuyer et l’applaudir. Cet état d’esprit ne m’empêche cependant pas de toujours donner la priorité à ma famille.

 

Mais comme vous pouvez le constater, je ne considère pas mon implication dans le Cercle des Fermières comme un engagement, mais comme l’accomplissement d’une partie de moi. D’ailleurs, en blaguant, une ancienne collègue du cégep, parlait souvent de mon « côté macramé ». Quel plaisir, en effet, de réaliser un objet et d’en voir immédiatement le résultat. Quel plaisir aussi de côtoyer une espèce de femmes en voie de disparition, ces femmes qui recyclaient, et recyclent encore, le moindre bout de tissu pour en faire des catalognes, des laizes, etc., (cela rejoint mon petit côté écolo). C’est un nouvel univers qui s’offre à moi.

 

J’admire beaucoup ces femmes qui ont vécu des expériences complètement différentes des miennes, et qui, malgré le peu de ressources dont elles disposaient, ont su développer leur créativité, leur savoir-faire et qui continuent, même rendues à 70 ou 80 ans. J’endosse d’ailleurs parfaitement un des objectifs du Cercle qui est de transmettre à nos filles les savoir-faire de nos mères.

 

Pour en revenir à mon cheminement, les deux premières années de ma retraite, je n’ai pris aucun engagement, refusant toute contrainte. Puis, il y a trois ans, je me suis réinscrite au Cercle que j’avais déjà fréquenté lors d’un congé différé. Je me suis tout de suite proposée pour faire le petit journal, L’Écho du Cercle, qui n’est en fait qu’un feuillet qui paraît aux deux mois.

 

Enfin, depuis environ un an, j’ai pris en charge un métier. Cela implique différentes tâches comme de le « monter », c’est-à-dire trouver un patron et déterminer la quantité de fils nécessaire au montage, trouver des alliées pour m’aider à enrouler le fil sur le rouleau, passer les fils en « lames » et ensuite en « peus ». Chaque étape demande beaucoup de précision pour, qu’à la fin, les pièces réalisées soient les plus parfaites possible. Comme le disaient nos mères et le disent les Fermières encore aujourd’hui : « Tout ce qui mérite d’être fait, mérite d’être bien fait ».

 

Une fois le métier monté, je dois rejoindre les membres désireuses de tisser sur ce métier pour que chacune, à tour de rôle, réalise ses chefs-d’œuvre. Comme j’en suis encore à un stade d’apprentissage, je prends plus que je donne à l’heure actuelle, mais j’espère que dans un proche avenir je pourrai davantage aider les autres.

 

Ma réflexion, engendrée par ma participation à ce numéro de l’ARCinfo consacré à l’engagement, m’a permis de constater qu’il n’y avait aucune contradiction entre le plaisir et l’engagement. Maintenant que je suis plus consciente de mes forces, de mes faiblesses et de mes goûts, je me sens beaucoup plus à l’aise pour m’engager pour des causes qui me tiennent particulièrement à cœur comme l’environnement et la condition féminine. J’ai retrouvé mon énergie et je sais mieux à quoi je veux consacrer cette étape importante de ma vie. Je sens d’ailleurs une urgence à me réaliser et tant mieux si je peux en faire profiter les gens autour de moi.

 

Une retraite active

Propos recueillis par Robert Libersan

 

Pierre Parent l’avait inconsciemment préparé, sa retraite.

 

Alors employé de soutien au Collège à titre de commissionnaire, il s’implique dès 1984 en tant que bénévole pour le compte des Cadets de la marine à Rimouski, ses deux enfants ayant manifesté le désir d’en faire partie. Presque en même temps, il accepte l’invitation du Conseil d’administration de la succursale, à Rimouski, de faire partie du Conseil d’administration de l’organisme.

 

Il est intéressant de savoir que ce corps de cadets fait partie de la Ligue navale du ministère canadien de la Défense. La mission de la Ligue est d’entraîner militairement, partout au Canada, des jeunes gens afin d’en faire des soldats de la marine canadienne.

 

Quand il a pris sa retraite en 1998, Pierre savait ce qu’il allait faire : s’impliquer davantage au sein des Cadets. Il devint le directeur de la succursale à Rimouski. À ce titre, outre la gestion courante, il organise à chaque année, afin de recueillir des fonds, un lave-auto qui se déroule au Parc des Vétérans. Il agit aussi à titre de cuisinier - environ 650 repas à préparer - lorsque les Cadets de la marine tiennent leur déjeuner annuel de financement.

 

Son mérite a été reconnu; la Ligue navale canadienne lui a décerné, en 2004, un Certificat de Service (sic) en appréciation de ses vingt ans consacrés à la Ligue navale du Canada et au mouvement des cadets. Tout récemment, à l’occasion de son quarantième anniversaire, la Ligue l’a décoré d’une médaille d’argent galonnée d’un ruban tricolore.

 

D’autre part, lors de la prise de sa retraite, ayant encore de l’énergie à brûler, Pierre s’impliqua également dans la Légion royale canadienne à Rimouski, un organisme relié à la promotion des Anciens combattants. En plus d’être responsable de la cantine, Pierre s’occupe du local de l’organisme La Porte dorée afin de permettre aux Anciens combattants de Rimouski de se rencontrer et de participer à des activités de loisirs. De plus, on lui confie la responsabilité de préparer matériellement la réunion de tous les membres de la Légion à l’occasion de la rencontre mensuelle. À cette occasion, on lui demande aussi de préparer une soupe pour les membres. Récemment, on lui a confié la responsabilité de la campagne de financement de la Journée du Coquelicot, au Carrefour Rimouski.

 

Enfin, l’Assemblée générale des Nations-Unies a décrété l’année 2001 Année internationale des bénévoles. La députée fédérale de l’époque, Suzanne Tremblay a rendu hommage à Pierre pour son dévouement et sa contribution sociale. Elle lui remit une plaquette-souvenir prestigieuse au nom des Nations-Unies.

 

Il est à noter que Pierre fut le président-fondateur du Syndicat du personnel de soutien du Cégep de Rimouski alors aucunement affilié à une centrale syndicale. Il signa en 1968 la première convention collective de cette catégorie de personnel.

 

Oui, une retraite active.

Témoignage

Ma troisième vie

Irène Durand

 

À l’automne 1978, je prenais le train pour la première fois de ma vie pour passer une entrevue de sélection au département des arts du Cégep de Rimouski. La petite gare au coeur de la ville et les édifices publics, poste, évêché, hôtel de ville, cathédrale, musée, me rappelaient mon livre de géographie de première année. Je voyais une ville en miniature, une ville à l’échelle humaine.

 

Engagée pour enseigner l’histoire de l’art et les arts plastiques, ma vie de montréalaise se termina sur le champ. Je commençais alors une deuxième vie. J’ai quitté mari et fils pour me consacrer, corps et âme, à la recherche et à l’enseignement tout en terminant une maîtrise en sociologie.

 

J’ai eu la chance de découvrir un département dynamique, d’hommes et de femmes qui pensaient aux élèves avant tout. Nos différends idéologiques et pédagogiques furent des moteurs d’évolution. Dans la confrontation du partage des ressources, nous découvrions la vie; nos alliances et nos oppositions formaient un tissu émotif qui nous habitait en permanence, tout en laissant suffisamment de place pour l’action en dehors du Cégep. Ainsi, je pouvais participer au mouvement féministe, ouvrir une librairie, exposer, faire des conférences, fréquenter les bars, pratiquer des sports, tout en poursuivant des recherches intellectuelles sur l’art de voir.

 

C’est en retrait du monde, dans une petite maison au bord de la mer que j’ai approfondi cet art de voir. Sur la rue du Fleuve j’ai contemplé, jour après jour, les levers et les couchers de soleil et c’est à regret que je quitte cet immense Saint-Laurent qui me permettait de porter mon regard au loin, avec une vision panoramique.

 

Mes racines et leurs fruits (biologiques et culturels) me ramènent à Montréal, mais ce passage à Rimouski laissera des traces indestructibles dans ma mémoire. Avec du recul, ces vingt-sept années m’apparaissent comme un instantané. Le temps est disparu, il me reste une image globale : un beau souvenir. Ma troisième vie se poursuivra à Montréal où de nouveaux possibles m’attendent et j’espère que la maturité me permettra de couler avec plus de grâce dans le flux de la vie.

 

Commentaires de Robert Libersan à la réception du texte de madame Durand

Merci beaucoup pour votre texte.

De vous, j’ai le souvenir indélébile suivant : à la cafétéria du Cégep, un midi de grande affluence, vous avez fait une entrée spectaculaire. Dès votre arrivée dans l’allée centrale, les voix de fond se sont adoucies, des yeux se sont tournés vers vous, puis des mains applaudirent à votre passage, admirant votre audace à porter une tête toute frisée avec vos cheveux de couleur verte, je crois. Gênée certes vous étiez, mais ravie au fond d’avoir suscité un tel émoi.

Ce fut un moment magique comme il n’en arrive jamais dans une cafétéria !

À mon tour de vous souhaiter une Bonne Année remplie d’inattendu et d’inespéré.

Nouvelles de la TCABSL

Par Pauline Guimond

 

Tel qu’annoncé dans l’ARCinfo de novembre dernier, je commence aujourd’hui la présentation des 21 recommandations issues du Forum régional d’octobre 2004. Dans cette chronique-ci, vous pourrez lire les recommandations s’adressant aux différents gouvernements. Vous pourrez également prendre connaissance des suites qui ont été données jusqu’à maintenant à chacune d’elles.

 

    Que les gouvernements accordent un support financier en modifiant les lois fiscales reconnaissant les interventions des aidants naturels (bénévoles).

 

Qui : gouvernements fédéral et provincial.

 

La Table de concertation de la région de Montréal présentera en novembre 2006 un rapport sur les recherches déjà faites. La suite sera assurée par la Conférence des tables.

 

    Que les dépenses d’inscription à un centre d’entraînement physique soient reconnues comme dépenses déductibles d’impôt lorsque considérées comme un suivi à un traitement médical.

 

Qui : gouvernements fédéral et provincial.

 

Les demandes ont été acheminées. Les accusés de réception sont entrés. À suivre.

 

    Que la Table demande au gouvernement de rendre obligatoire un programme d’évaluation des résidences privées avec services.

Qui : gouvernement provincial.

 

La loi 83, sanctionnée depuis novembre 2005, prévoit que toutes les résidences doivent avoir un certificat de conformité d’ici décembre 2007.

 

    Que le gouvernement accélère le programme des visites d’évaluation des CHSLD.

 

Qui : gouvernement provincial.

 

Les visites ont été doublées. Les résidences de type familial de même que les résidences pour ressources intermédiaires seront également visitées.

 

    Que le gouvernement, lors d’une demande de la P.S.V. (pension de la sécurité de vieillesse) détermine le montant admissible au S.R.G. (supplément de revenu garanti) et en assure le suivi annuellement lors de la déclaration de revenus.

 

Qui : gouvernement fédéral

 

La demande a été acheminée. Aucune réponse pour le moment.

 

Voilà qui termine cette partie. Dans le prochain numéro, vous pourrez lire les recommandations qui s’adressent aux municipalités, aux résidences, aux groupes communautaires et à la TCABSL.

 

Personne ressource : Bertrand Voyer, président de la TCABSL.

Documents de référence : (TCABSL)

·       Synthèse des rapports d’ateliers et recommandations

·       Échelle de priorité des recommandations du forum, regroupées selon les instances.

 

Le coin des internautes

par Jacques Gagné

 

Les moteurs de recherche sur le Web sont extrêmement puissants mais l’interprétation des résultats devient souvent laborieuse, les informations désirées étant noyées par le « bruit » causé par de nombreuses pages non pertinentes. Il existe cependant des outils simples qui permettent de circonscrire les résultats de nos recherches. Voici quelques astuces qui peuvent nous faciliter la tâche sous Google (www.google.ca) en utilisant certains opérateurs booléens :

 

1-  Le et est implicite et permet la recherche de pages contenant tous les mots d’une liste ; ainsi, si on écrit [Mozart symphonie], on obtiendra une liste des pages qui contiennent les deux mots Mozart et symphonie.

2- Le ou (OR, cet opérateur doit être en majuscules) permet la recherche de pages contenant au moins un des mots de la liste ; ainsi, si on écrit [Mozart OR symphonie], on obtiendra une liste de pages qui contiennent soit le mot Mozart, soit le mot symphonie, soit les deux.

3- Le sauf) permet de retrancher, d’une liste, les pages qui contiennent le ou les mots précédés du signe – (on ne doit pas insérer d’espace entre ce signe et le mot à retrancher) ; ainsi si on écrit [Mozart symphonie –parisienne], on obtiendra une liste de pages qui contiennent le mot Mozart et le mot symphonie mais sans le mot parisienne (symphonie parisienne).

4- Pour obtenir la liste des pages contenant une expression exacte, il faut placer cette expression entre guillemets ( ¨ ). Ainsi, si on écrit [¨la bibliothèque Lisette-Morin¨] on obtiendra la liste des pages où cette expression se retrouve. Les expressions peuvent être accompagnées de mots et assujetties aux opérateurs.

 

Bonne recherche !

 

Notes de lecture

Par Alcide Daigneault

 

Bizarre La Biche, un roman autobiographique écrit au Québec par une Française d’origine et qui vit maintenant à Montréal. Blandine Soulmana raconte, avec l’aide de Claire Caron, sa vie, depuis son enfance jusqu’à l’âge adulte. Née en France d’une mère française et d’un père touareg, elle connaît une enfance misérable dans un milieu familial très difficile, partagée entre un univers arabe et européen. Mariée à 15 ans à un jeune Arabe violent, elle donnera naissance à un garçon dont elle sera privée durant 17 ans. Toute son énergie sera consacrée à retrouver ce fils. Elle sera amenée à vivre en Algérie, en Allemagne, à l’Île de la Réunion, en Tunisie et au Québec, toujours à la conquête de son fils retrouvé et d’elle-même.

 

« La Biche : c’est le récit de deux destinées que tout séparait, mais que le courage et l’espoir ont récompensées ».

 

Référence : Soulmana, Blandine, Caron, Claire. La Biche, collection Libre Expression. Québec Média, Montréal 2003, 334 pages.

Un autre roman écrit en français par un nouveau québécois, un cubain cette fois, arrivé à Montréal avec sa famille lorsqu’il avait 7 ans. Miguel Martinez a étudié à Montréal et a effectué plusieurs voyages dans son île natale. Il a constaté les ravages du régime castriste et la misère dans laquelle vit ce peuple pourtant si paisible. L’auteur a imaginé une intrigue pour régler le problème à sa source, c’est-à-dire mettre fin aux jours de Fidel Castro. Le narrateur s’engage dans un engrenage complexe dont le dénouement marquera un temps nouveau pour Cuba.

 

Martinez a écrit une œuvre intéressante qui permet de découvrir ce pays très particulier que plusieurs québécois visitent chaque années pour profiter de ses beautés. Le roman Fidel doit mourir constitue une œuvre imaginaire bien écrite et qui mérite qu’on s’y arrête.

 

Référence : Martinez, Miguel. Fidel doit mourir. Édition les Intouchables, Boisbriand, Québec, 2004, 310 pages.

 

Pour compléter ces notes de lecture, une troisième œuvre écrite par une autre québécoise Annie Dufour, docteur en épidémiologie, qui vit maintenant dans l’état de New York a retenu mon attention.

 

Les Enfants de Doodletown est un roman jeunesse, une intrigue policière, de pure fiction, sans référence scientifique particulière, mais qui demeure vraisemblable. Le roman suscite tout au long l’intérêt du lecteur, jeune et moins jeune. Sans longueurs et complications, l’intrigue va de surprise en surprise. L’auteure raconte bien dans un langage précis.

 

Référence : Dufour, Annie. Les Enfants de Doodletown. Les Éditions de la Courte Échelle, Montréal, 2005, 190 pages.

 

Trois œuvres publiées au Québec; une première écrite par une française d’origine qui a émigré récemment au Québec; une deuxième écrite par un nouveau québécois et une troisième par une québécoise qui vit aux États-Unis. Bizarre. C’est peut-être là une illustration de la diversité culturelle du Québec, « là où tout est encore possible », comme l’écrivait Alexandre Jardin.